Mafalda Moreaud

Designer de quartier

« Je me suis mise dans une posture d'essayer d'équiper les gens pour qu'ils puissent faire ce qu'ils ont envie de faire. » 

 

Parcours

Mafalda trouve les origines de son intérêt pour le design dès son enfance et l’environnement dans lequel elle a grandi, entre la France et le Portugal, au sein d'un milieu très social.

« J'ai grandi autour de gens, je suis passionnée par les gens, les gens m'intéressent et j'essaie de ramener ça dans ma pratique du design et un peu dans tout ce que je fais. »

C’est par le hasard d’heureuses rencontres que Mafalda construit son parcours de designer. Elle découvre alors le bac arts appliqués, qui sera pour elle un merveilleux espace d’apprentissage et d’ouverture. Elle poursuivra à Toulouse en BTS et DSAA (diplôme supérieur d’art appliqué) graphisme au sein du lycée des Arènes. C’est là-bas qu’elle expérimente et prend goût à la dimension “collective” du design.

Elle clôture son DSAA par un stage à Glasgow dans une entreprise de risographie qui lui permet de revenir à une approche plus technique du design, un retour à la matière. Cette expérience est aussi un coup de foudre pour la ville et son énergie, l'amenant à prolonger son séjour, dans le cadre d’un Master au sein de la Glasgow School of Art : « Design Innovation and Citizenship ». Un tournant dans son parcours qui lui fait découvrir les approches du design de service public.

Dès l’obtention de son diplôme, Mafalda rejoint alors le Centre for Civic Innovation de la ville de Glasgow et devient la première designer de quartier.
Aujourd’hui toujours en poste, elle continue de faire connaître et grandir son rôle de designer intégré aux politiques publiques de la ville.

« Notre objectif principal est d’utiliser des méthodes issues de la recherche sociale, de la data science et du design pour mieux comprendre les enjeux de la ville et trouver des solutions à ses problèmes les plus complexes. En ce moment, nous nous concentrons notamment sur la réduction de la précarité, l’amélioration du bien-être des habitants et la réforme des services publics . » 


Sa posture :

Mafalda a une pratique du design polymorphe. En tant que designer au sein d’une institution publique, elle a dû apprendre à développer des compétences variées et à se familiariser avec les rapports de pouvoir et enjeux diplomatiques et politiques.

Elle a au fil des années fait évoluer sa vision du design et son rapport aux notions d'auteur ou de « patte » du designer. Cela l’a amenée à tendre vers une pratique davantage tournée vers la facilitation, où le design devient un outil au service des communautés.

Elle développe également une pratique très ancrée et localisée, avec un rapport fort au quartier et à la ville. En immersion sur le terrain, elle mène des travaux d'enquête qualitative et créative spécifiques à chaque contexte, en développant ses propres outils de collecte. Elle combine cette démarche à une approche en science sociale des projets, traitant, analysant et valorisant un grand volume de données.
Un travail riche mené en équipes avec les membres du Centre for Civic Innovation, chercheurs, data scientists, graphistes…

Ses projets :

Le kiosque de quartier et le journal local (Toulouse)

Contactée à l’origine par une association de quartier pour une mission de graphiste, Mafalda se retrouve à mener un projet ambitieux de design social.

Mafalda était déjà sensible aux approches collaboratives dans les projets d’urbanisme ou d’aménagement de l’espace public, elle a cherché à travers ce projet à transposer cela au design graphique. Le rôle de Mafalda a été d’équiper graphiquement les habitants et membres de l’association pour qu’ils puissent mener au mieux leurs actions participatives.

Le projet s'est concrétisé autour de la conception d’un kiosque de quartier itinérant, dépliable et adaptable à des environnements et types d’actions variés.

Graphiquement, cela s'est décliné par la conception d’une mallette d’outils graphiques permettant aux membres de l’association d’être autonomes dans l’édition de leur journal local (gabarits, templates, linogravure, fonts gratuites, etc.). Un projet challengeant car Mafalda a dû trouver des moyens d’outiller des membres du journal non familiers avec le numérique.

Ce projet est très central dans le parcours de Mafalda, illustrant les enjeux et freins politiques aux actions de design social dans l’espace public.

« Je me suis mise dans une posture d'essayer d'équiper les gens pour qu'ils puissent faire ce qu'ils ont envie de faire. » 

Neighbourhood Improvement Infrastructure Fund, Nouveaux modèles de prise de décision à l’échelle locale  (Mairie de Glasgow)

Dans le cadre de sa mission de « designer de quartier » au sein de la mairie de Glasgow, Mafalda a rejoint le projet de lancement du « Neighborhood Infrastructure Fund ». Un projet du gouvernement écossais qui consistait à allouer 1 % des budgets de la ville à des dispositifs participatifs.

Arrivée à l’aube du projet, l’enjeu de l’équipe du Center for Civic Innovation a tout d’abord été de démontrer la nécessité de sortir du schéma classique d’assemblée citoyenne (plébiscité à l’origine par les élus locaux) pour proposer un modèle plus démocratique permettant de toucher toutes les strates de la population.

Ainsi, Mafalda a alors proposé une méthodologie de design de terrain permettant de donner la parole à tous les habitants, et notamment ceux et celles marginalisé.es. La méthodologie choisie a été une immersion au cœur même des quartiers et de leurs lieux de vie (sorties d’école, supermarchés, centres de santé…) pour proposer un outil de consultation anonyme et concret sur les désirs et besoins dans la ville.




Conclusion :

Mafalda a construit son parcours au fil de rencontres et d’opportunités inattendues, l’amenant à façonner son métier pour devenir la première « designer de quartier » de Glasgow ! Sa pratique ancrée et participative l’amène à se questionner et confronté aux enjeux sociaux et politiques.

Avec Mafalda, le design devient un outil pour plus de démocratie. Relevant des défis au quotidien pour tendre vers toujours plus d’inclusion, elle continue au fil du temps de consolider son approche, ouvrant ainsi la voie à tous les futurs designers de quartier.