Kelly Molon

Designer plasticienne

“Quand je ne trouve pas, moi-même, des formes d’espaces idéales, c’est dans le collectif que j’en trouve”

Projet “Se tenir droit”

 

Kelly Molon est une plasticienne designer.

Son Parcours

Dès l’obtention de son baccalauréat, c’est assez intuitivement que Kelly se lance dans des études d’art. Elle rejoint l'École de Metz pour un DNAP option Art et Communication. Durant cette formation, elle se découvre un intérêt prononcé pour la manière dont nous nous approprions nos espaces physiques et mentaux

Pendant ses 5 années d'études, elle développe en parallèle une pratique d'intervention artistique et se découvre un intérêt particulier pour les jeunes publics. Elle aime travailler avec cette population sur la relation à l’espace, à l’habitat et aux lieux de vie, notamment en intervenant au sein de centres sociaux, foyers, centres de vie, centres d’éducation et au sein des écoles

Elle décide de préciser son positionnement en tant qu’artiste plasticienne “d’intervention” par une formation CFPI à Strasbourg (formation destinée aux plasticiens souhaitant intervenir dans des lieux sociaux, institutionnels et associatifs). 

Kelly ressent également le besoin de questionner le rapport à l'espace de manière sociétale. Elle décide alors de questionner l'espace dans d'autres cultures, et part en mission de Service Civique dans une école à Rome, mission qu’elle continue de prolonger aujourd’hui.

Sa pratique : 

Dans son travail, Kelly, questionne l'espace au sens large, elle s'interroge sur les différentes manières de se l’approprier, qu’il s'agisse du sien, de celui de l'autre ou de l’espace collectif. Elle ne se cantonne pas à une pratique dominante, elle travaille aussi bien l'installation, l’écriture, l’objet… Elle a construit sa propre méthodologie de travail, qui est toujours initiée par une contrainte (celle du corps, de l'empêchement de pouvoir agir ou d’exister..). 

 Dans sa pratique individuelle, elle donne forme à des cabanes, des architectures primitives, des abris, des microcosmes de société libre… 

D’autre part, elle développe de plus en plus une pratique participative, dans le cadre de collaborations avec d’autres artistes, ou d’ateliers avec du public. Ces projets sont des moyens pour Kelly de poser de véritables questions sociétales. Ce processus donne très souvent lieu à de l’expérimentation, et donc, non pas à des "pièces finis” mais, à de la documentation (éditions, photos, dessin, film, enregistrements...).

Depuis quelques années Kelly, est spécialisée dans la question de l’espace scolaire et mène une réflexion globale autour de ce sujet. Elle travaille notamment sur le bien-être, la place du corps et l’appropriation de l’espace d'apprentissage par l'enfant, comme plus value pédagogique en liens avec les pratiques éducatives.  

“ Mes créations sont des hétérotopies*, portées par la volonté de s’émanciper, elles donnent forme à une manière de s’approprier l’espace …”

*L'hétérotopie est un concept forgé par Michel Foucault dans une conférence de 1967 intitulée « Des espaces autres ». Il y définit les hétérotopies comme une localisation physique de l'utopie.


 

Projet Terra Incognita

 

Quelques projets :

“Se tenir droit”

C'est dans le cadre d'une résidence de 4 mois en milieu scolaire que le projet “se tenir droit” naît. Dans ce projet Kelly s’est questionnée sur la place de l'élève au sein de l’espace classe. Elle a constaté la rigidité, la fixité et le manque de liberté corporelle qui est imposé aux enfants. Pour répondre à cet enjeu, elle a alors conçu du mobilier scolaire mobile offrant aux enfants une liberté de mouvement. 

Pour ce projet, elle a récupéré auprès de la mairie des chaises d’écoles traditionnelles, sur lesquelles elle a apporté des modifications afin que ce mobilier puisse donner accès à la mobilité (chaises à bascule, à roulettes…). Elle a aussi développé une véritable démarche de co-conception, car avant de définir formellement les assises, elle a mené des ateliers avec les enfants pendant 4 mois, les invitant à se questionner sur leurs usages. 

“Se tenir droit” s'est clôturé par un film de 13 minutes, permettant de documenter l’appropriation de ce mobilier par les élèves. 

Film se tenir droit



Terra incognita

Ce deuxième projet en milieu scolaire s’est concrétisé grâce aux ateliers Médicis, qui ont financé la résidence de Kelly au sein de l’École primaire de Métairies-Saint-Quirin. Durant cette année d’intervention, Kelly a invité les enfants à être les architectes et les designers de leur propre école, en plaçant les élèves et les enseignants dans une posture active.

Afin d’éviter aux enfants d’être trop induits par leur espace scolaire actuel, elle leur a proposé d'imaginer une école en dehors de “l’école”, c’est-à-dire dans la forêt avoisinante. Le projet s'est développé comme une aventure : en invitant les enfants à se mettre dans la peau de Robinson Crusoé et à imaginer l’école sur une île, Kelly a ainsi développé leur imaginaire

L’enjeu de Terra Incognita était de dégager de nouvelles formes d’interactions et d’espaces dans un milieu scolaire, mêlant espaces de travail, de connaissances, de risques, de rencontres avec la nature et tout ce qui s'y trouve. Kelly n’a d’ailleurs jamais parlé “d’école” pendant le projet, mais de “forme de vie” (en référence à Fernand Deligny et son expérimentation dans les Cévennes). Le projet s’est clôturé par une grande maquette collective. 



Maquette du projet

 

La tribus des survivants :

Pendant une semaine, Kelly a fait une résidence dans un lieu de vie, pour mener un projet avec un petit groupe d'adolescents. Pour ce projet elle s'est intéressée à la question de l’habitat et de l’espace intime, un sujet sensible pour ces jeunes aux contextes familiaux compliqués. Au cours de sa résidence, Kelly a construit avec eux une cabane, prétexte pour les faire s'interroger sur le lien entre la forme de nos espaces de vie et notre façon de vivre ensemble. 


 

Et pour la suite …

Aujourd’hui, Kelly est en train de préparer un projet de thèse entre le design, l’art et la pédagogie. Le projet s'appellerait MOB-île et soulèverait des questions autour de la conception et l’expérimentation de mobilier propice à l’imaginaire et de la création chez les enfants. Le projet serait divisé en deux parties : d’une part, une étude approfondie des besoins, des usages et de la relation à l'espace des enfants et des enseignants, de l’autre une conception du mobilier par les usagers eux-mêmes.

Au fil de son parcours, Kelly a développé une pratique hybride entre les arts plastiques et le design, lui permettant d’appréhender les espaces de manière globale. Kelly a aussi à cœur de mettre ses usagers dans une posture active, lui permettant alors de vivre chaque projet comme une véritable aventure humaine !

N'hésitez pas à continuer de suivre le travail de Kelly ici : @Kellymolon