Benjamin Perrot

rencontré le  7/02/2020

Designer  d'espace  Française 

"  J’avais envie qu’on puisse fabriquer créer des choses ensemble.  "

 © Fleur Moreau

SON PARCOURS 

Benjamin Perrot est un designer fondateur des ateliers El Warcha.

 

Benjamin débute son parcours par un BTS design d’espace à l’ENSAAMA, à Paris, puis par une formation en architecture à la Central Saint Martins de Londres. Dès l’obtention de son diplôme Benjamin commence à travailler pour le studio MUF Architecture. Ce studio  est spécialisé dans l’espace public et est fortement engagé d’un point de vue social et politique. Les projets étaient pensés de manière globale et se rapprochaient parfois d’une démarche artistique. Chaque projet permettait d’ouvrir un débat et de fédérer une communauté. Cette expérience professionnelle orientera fortement Benjamin. 

Trois ans plus tard, il retourne en France et essaye de monter un collectif avec Gaby Bonneville : “Pied à terre”. Bien que le projet ne perdurera pas, il aura permis à Benjamin de développer la dimension “paysage” dans sa pratique.

 

C’est finalement en 2015, qu’il se rend à Tunis grâce au soutien du British Council, pour effectuer un travail de recherche terrain sur le sujet de : l’espace public après la révolution en Tunisie. C’est pendant cette première année, qu’il commence à se constituer un réseau, mais aussi à mettre en place des ateliers. 

 

Les Début de EL WARCHA 

 

En 2016, dans le cadre des résidences artistiques de l’association l’Art Rue, Benjamin ouvre un espace atelier, au cœur de la médina, pendant 3 mois. La vocation de ce lieu était de questionner l’espace urbain, mais sous l’angle de la participation et du collectif. Le designer souhaitait savoir ce qu’un lieu comme celui-ci, mettant à disposition des outils et du matériel, permettrait de faire émerger dans le quartier. 

Finalement,  dans un premier temps les enfants qui se sont le plus appropriés les lieux. C’est une partie de la population qui a l’habitude de jouer dans la rue, pleine d'énergie et qui est curieuse. Les adultes, eux, ont utilisé les lieux comme un espace de discussions et de réflexions, mais très peu comme un lieu pour pratiquer ou créer.


 

Aujourd’hui l’atelier a plusieurs activités :

-les commandes faites par les habitants, (qui peuvent être assez surprenante, un bateau, un berceau, un cercueil pour chat…)

-Les projets collectifs : construction d’un cinéma bike, l'aménagement d’un jardin, développement d’assises…

- Les partenariats avec associations et designers locaux 

 

El Warcha est un espace qui permet de réunir des enfants, des adolescents, des adultes d’univers et d’origines différentes.

 

Le projet a continué de grandir, grâce à d’autres passionnés qui ont pris le relai. 

 Justin Malachowski qui a repris la gestion du projet, a entrepris une levé de fond fin 2017, pour  faire perdurer le projet, puis en 2019, l'atelier est passé sous la direction de Marlène Halbgewachs et Aziz Aissaoui. 


 

“Si je devais résumer le projet, je dirais qu' El Warcha,est un espace d'échange de collaboration de partage où les gens se retrouvent.  C’est un sacré défi car ce n’est pas évident de créer des espaces pour des gens de cultures et d'âges différents” 

EL Warcha à Nefta : 

 

L’un des projets qui a le plus marqué Benjamin en Tunisie, fut la mise en place d’un atelier dans la ville de Nefta. Il s’est rendu avec une partie des jeunes d’El Warcha de Tunis pour animer des ateliers tous les deux mois, et cela pendant 6 mois. L’objectif était de former des jeunes en recherche d’emploi au design, tout en questionnant l’espace public

 

Anecdotes : La municipalité de Nefta a été très enthousiasmée par le projet. L’engagement du maire de Nefta est allé jusqu’à prendre le temps de faire un tour de la ville en voiture, avec Benjamin et son équipe, pour leur montrer les lieux où ils pouvaient installer leurs ateliers. 

 

Lors de leurs interventions, les jeunes ont été répartis en groupes et ils ont été associés à un espace donné. Ils ont fait des exercices de conceptions, étudié les lieux, fait des propositions, prototypé des solutions et les ont installées dans la ville. Donnant alors des réalisations variées, comme des hamacs, des espaces de jeux pour les enfants, des installations lumineuses.

 

Cette expérience a aussi été source de beaucoup d'enthousiasme chez les jeunes de Nefta. Il a ainsi été décidé de mettre en place un atelier permanent dans la ville, mais malheureusement sans quelqu’un à plein temps sur place le projet n’a pas pu décoller.  

 

EL WARCHA À LONDRES 

 

Puis il y a 2 ans, Benjamin est reparti à Londres, pour démarrer un nouvel atelier El Warcha avec sa collègue Ines Marques, dans une “shelter home” (résidence d’accueil financée par la mairie de Londres, pour des personnes dans le besoin principalement des personnes âgées). 

 

Ce contexte fut source d’un  nouveau challenge, effectivement l’idée était toujours la même créer ensemble et se questionner sur l’espace public. 

 

Benjamin s’est d’abord attelé à faire de l'atelier un espace multigénérationnel, car effectivement l’une des problématiques relevées était le manque d’ouverture de ses Shelter Homes, l’idée a été de faire venir du monde dans cet atelier, des jeunes, des enfants, afin de créer un lieu de partage intergénérationnel.

La question de l’espace public est moins centrale dans ce projet, effectivement pour de nombreux résidents, il est déjà compliqué de se déplacer au sein de leur résidence. La rue ou les parcs sont loins de leurs préoccupations, puisqu’ils ont déjà des difficultés avec leur environnement direct.

 

Le projet a déjà un an et se développe petit à petit, avec des ateliers plus nombreux et des initiatives dans le parc voisin. Benjamin espère à terme le même fonctionnement autonome du lieu. 

El Houma short video by Aziz & Marlène

A retenir de ses expériences 

 

Benjamin a au fil des années pu acquérir des compétences dans le montage de projets participatifs. Il a aussi pu prendre du recul sur sa pratique, voici quelques notions clés à retenir :

 

  • Le plus important dans tous ces types de projets c’est le temps, il faut du temps pour créer du lien avec la population locale, pour fédérer autour du projet, pour que le projet perdure même après le départ de celui qui l’a initié.

 

        Anecdote : 

        Benjamin nous avoue que son départ de l’atelier de Tunis a été bénéfique pour le projet. Effectivement, le              fait qu’il soit la personne qui ait fondé l’atelier, lui donnait malgré lui une autorité de fait sur le projet. En fait          son départ a  permis de créer une nouvelle dynamique plus horizontale. 

 

  •  Benjamin s'est formé seul sur les levées de fonds, et dans le développement de modèles économiques viables. Car pour ce type de projet le seul moyen de le rendre viable, c’est de trouver des financements. Il regrette que de plus en plus d’écoles forment leurs étudiants à ce type de projet à impacts environnemental et social, sans les sensibiliser aux difficultés et challenges économiques que représentent ces projets.  

 

  • Le conseil que Benjamin souhaite donner à tous ceux qui veulent mener des projets semblables au sien  c’est qu’il faut être “égoïste”. Effectivement, mettre en place des projets comme cela demande énormément d’énergie et de faire face à beaucoup de challenges, alors il faut avant-tout faire cela pour soi et par passion.

 

“ Le point sur lequel j’insisterai, c’est que quand on parle de projets on a l’habitude montrer le positif, mais finalement pas mal de la richesse des ses expériences, vient des échecs, des erreurs, et des choses difficiles à gérer. Le temps est important parce qu’il n’y a pas  de solution miracle, c’est dans toute ses aspérités que le projet devient riche.”

 

La Suite :

 

Benjamin est heureux de voir que depuis son départ, l’atelier de Tunis continue de grandir, et même d’autres ateliers voient le jour, comme à Davis en Californi. Un atelier est en train d'être mis en place par Justin, une designer anthropologue qui a été chef de projet d’ El Warcha pendant 1 an à Tunis. 

Ainsi Benjamin a pour objectif de créer du lien entre les différents  ateliers, que des rencontres et des passerelles entre ses différents ateliers permettent de s’enrichir les uns les autres. 

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