Anaïs TEXIER

" Pour moi, être designer, c’est proposer des alternatives à des problèmes ou même des solutions. »

QUI EST-ELLE ?

Le parcours d'Anaïs a débuté par des études de cinéma, influencée par des parents cinéphiles. Elle avait envie de participer à cette industrie qui crée des émotions et du "whaou". C'est en troisième année, lors d'un cours de transmédia, qu'elle a eu le déclic. Elle a été très enthousiasmée par l'idée d'aller au-delà de l'expérience cinématique, de proposer au spectateur de vivre une expérience immersive totale. Elle décide donc de s'orienter dans cette voie et rejoint une licence Design à Paris 1.

C'est à cette époque qu'Anaïs fait ses premiers pas dans le monde du design puis décide de finaliser son parcours par un master en UX design à l'école Gobelins en édition digitale dans le département interactif.

Après des études et des projets étudiants passionnants (notamment en VR), elle déchante rapidement sur le métier d'UX designer. Lors de sa première mission en tant qu'UX designer dans une startup, elle regrette le manque de lien avec les utilisateurs et ne s'épanouit pas dans la posture du "pixel perfect".

Après un court passage dans un campus d’innovation "The CAMP", Anaïs, riche de ses rencontres, découvre la posture de facilitatrice et décide de rejoindre le collectif Klap. Une expérience très enrichissante qui lui a permis de monter en compétence sur le sujet de la facilitation et la création d'outils liés.

En parallèle de ses rencontres, Anaïs découvre le projet « Banlieue du turfu », qui lui fait découvrir la prospective et et l’écriture collaborative. Elle en fera un épisode spécialisé au sein du collectif de designer-podcaster Design Master Class. L'opportunité d'enrichir sa pratique et sa vision du design, mais aussi de croiser la route de personnes inspirantes !

C'est par son réseau d’acteurs engagés dans le design qu'elle entend parler d'une ouverture de poste à l'Agora de Nanterre. Elle adhère très rapidement à la vision portée par la responsable du lieu : un tiers lieu, à la frontière entre la culture et l'innovation, ouvert à tous. Elle saisit l'opportunité et devient chargée de villes en transition et innovation sociale et décide d’y ouvrir un lab d’innovation dédié aux idées citoyennes.

Sa prise de poste à l'Agora de Nanterre a permis à Anaïs de mêler toutes ses compétences au service d'un projet porteur de sens.

"Les mairies bouillonnent de projets mais sont dans l'urgence tout le temps. Avoir un lieu dédié à l’expérimentation t’oblige à trouver le temps."



 
 

La vision d'Anaïs : 

Même si Anaïs a encore du mal à se présenter en tant que designer, sa pratique hybride entre facilitation, design et chefferie de projets lui offre une belle liberté d'approche méthodologique et lui permet de mener de vrais projets de design de services.

Aujourd'hui, Anaïs définit le design et sa pratique comme le fait de « proposer des alternatives ». Son métier est pour elle un moyen d'être acteur du changement et d'offrir aux autres l’opportunité d'agir, cela se formalise dans ses projets, mais aussi beaucoup dans son approche pédagogique vulgarisatrice.

Les projets :

La Grande Récolte : Décarboner l'administration :

La direction générale des servicices de la Ville de Nanterre a lancé un vaste projet nommé : la grande récolte pour décarboner l'administration publique. L'objectif était d'interroger tous les agents pour mettre en place des actions éco-resposables pour réduire l’empreinte carbonne de la Ville. Un sacré défi quand on sait que le projet touche presque 2000 collaborateurs, de tous métiers. L'enjeu du projet était de solliciter et de faire travailler ensemble tout type de profil d'agent !

Elle a alors proposé une méthodologie d'ateliers collaboratifs multi-métiers, invitant les agents à se questionner sur leur journée de travail (leurs outils, leurs déplacements, leurs actions, les publics qu'ils rencontrent) et comment chaque étape peut avoir, de près ou de loin, une conséquence écologique.

"Par exemple, interroger les agents des espaces verts sur leurs outils : ont-ils une tondeuse électrique ou thermique ?"

Afin d'éviter que l'atelier ne devienne moralisateur, Anaïs a créé des outils livrables qui ont permis de mettre en valeur les métiers de chacun et d'être force de proposition d'actions écologiques. Des pistes ont été priorisées et réparties sur les 5 années à venir.

L'atelier a accueilli plus de 300 participants et a donc nécessité de former plus de 40 agents au rôle de facilitateurs, qui ont animé les différents groupes de travail.

C'est grâce à ce type de projet qu'Anaïs a réussi à faire connaître la valeur ajoutée de ses compétences en tant que designer et facilitatrice d’intelligence collective, même si à l'origine cette offre de service n'était pas identifiée.




L'Escape Game :

Autre projet de design de service, Anaïs a construit pour l'Agora un escape game pour les familles et les enfants nanterriens de 6 à 13 ans. L'objectif de cet escape game est de leur faire découvrir un futur désirable autour d'enjeux de lutte sociale, d'écologie, d'urbanisme et de vivre ensemble. Un beau projet, pour lequel Anaïs a embarqué des étudiants en design graphique afin d’imaginer l'identité visuelle du jeu.

L’opportunité de ce format ludique est également de former les animateurs jeunesse  afin de pouvoir animer cet escape game en autonomie en fonction de leur projet pédagogique. Il a donc fallu vulgariser les contenus et prendre le temps de faire monter en compétence l'écosystème externe à l'Agora. 

Les enjeux pédagogiques de vulgarisation sont donc au cœur de la pratique d'Anaïs à l'Agora.

"Former les collègues, ça a un effet boule de neige, on devient tous acteurs du changement."

“En vulgarisant un contenu, tu te l’appropries et tu prends confiance pour aborder d’autres sujets et transmettre. C’est le coeur sde métier de beaucoup d’agents à Nanterre”

Le Lab :

Un autre aspect du travail d'Anaïs, c'est l'animation du fablab de l'AGORA. Anaïs présente ce lieu comme une promesse de passage à l'action. Un beau défi, car c'est la première fois qu'Anaïs se retrouve à devoir gérer un lieu. C'est un lieu de réunion, c'est un lieu de formation pour enfants et adultes, une ressourcerie créative et des espaces de prorotypage (papier, bois, jardinage, tissu).

Une réflexion est en cours pour trouver la meilleure manière d'accompagner les gens à vivre les outils. Car l'objectif est d'initier les Nanterriens au lab et aux possibilités qu'il offre (via des initiations), pour à terme venir et utiliser le lieu en autonomie !

"À terme, j'aimerais être designer d'innovation sociale, autour d'un lieu qui parle de lui-même."

Les conseils d'Anaïs aux jeunes diplômés :

Pour Anaïs, au-delà des conseils, c'est l'expérience du terrain qui prime. Tout naturellement, elle invite chaque jeune designer qui ne se sent pas encore expert dans son domaine à aller sur le terrain et observer les professionnels qui les inspirent.

"Le monde professionnel, c'est violent, nous ne sommes jamais assez préparés à passer des études au travail, même moi qui ai fait une alternance d’1 an dans une structure très active et proche de la réalité je me suis cassé les dents …"

Elle a cependant un vrai point d'alerte à partager à tous les jeunes diplômés. Elle insiste sur la dureté du monde professionnel.C'est important de le reconnaître : pour s'y préparer et s'entourer de personnes ressources. Pour, au fur et à mesure, se faire confiance et oser prendre de la place, dès que l'on a un discours, une posture ou un passage, en particulier les femmes.

"On a besoin de développer notre confiance en nous, personne ne nous l'apprend à l'école et personne ne te la donne au taff."